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 Pochade de Takanori Serikawa

L'hiver sur l'archipel

 
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Verrerie la Méduses

couleurs et transparence...

 
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Cette pochade de Takanori fut exécutée  près du port de mer de l'Étang-du-Nord en 2007.  On y voit l’avancée, maintenant disparue, d’une falaise qui, avec un peu d’imagination, rappelle la forme du sphinx de Gizeh.  Par ses multiples instants de contemplation le long des berges et ses croquis du littoral, Taka rend compte des transformations qui prennent place et s’accélèrent par l’absence de plus en plus marquée du couvert de glace.

 
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Hélène Chevarie, dans un moment de détente photographiant la nature.

Crédit photo : Luc Miousse

 
La fille du Sable
 
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Photo : J. Landry
 
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Photo : J. Landry
 
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Photo : Patricia Landry
 
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Photo : Patricia Landry
 
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Photo : G. Chiasson
 
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Photo : G. Chiasson
 
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Photo : G. chiasson
 
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Photo : J. Landry
 
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Photo : J. Landry
 
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Photo : J. Landry
 
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Photo : J. Landry
 
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Photo : M. Poirier
 
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Photo : J. Landry
Blog du Réseau

Claude et son Site d'autrefois

10/10/2014 13:23:00

Claude Bourgeois et son Site d’autrefois


Les charmes de l’archipel se dévoilent dans une nature où il faut prendre le temps de s’arrêter. Ici, pas de hauts sommets impossibles à gravir, d’arbres gigantesques, ou de forêt à perte de vue. Mais, par tous les temps, pourvu que l’on s’arrête l’espace d’un moment, l’embrun sur notre visage, l’humeur de la mer, une faune et une flore tout en délicatesse et des buttes rondes et verdoyantes peuvent opérer un charme irrésistible. Et, c’est avec cette nature que les insulaires ont appris à composer. Cela a certes inspiré le caractère de notre patrimoine bâti et quand les gens visitent le Site d’autrefois c’est un peu de cette authenticité première qu’ils y découvrent.


Le naufrage de mon bateau

« Ce matin y faisait beau, ça fait longtemps que j’m’étais pas ennuyé, mais là j’me suis ennuyé des bottes (bateaux)… On voit les bateaux sur l’eau, il fait calme, il fait beau, c’est un beau métier… »


Claude Bourgeois a commencé à pêcher avec son père à douze ans. À dix-neuf ans, dans le milieu des années 70, il était capitaine de son propre bateau. Sa vie de marin semblait toute tracée dans cette famille où la pêche se pratiquait de père en fils. Ses premières années de pêche côtière inauguraient le début d’une ère nouvelle pour cette génération d’homme de mer. Ils assistaient aux débuts d’une technologie pleine de promesses et s’initiaient sur le tas aux premiers équipements modernes d’aide à la navigation et de sonars.

Néanmoins, en 1990, le destin bascule pour Claude Bourgeois. « J’ai pêché pendant dix-sept ans, pis à trente-quatre ans, j’ai fait naufrage… on a été sauvé de justesse ». Un naufrage qui a laissé ses marques bien au-delà de la perte d’un bateau. Et, bien que Claude ait continué à exercer son métier de pêcheur pendant encore quatre ans à la suite de cet événement, chaque journée sur l’eau était une source de malaise.
 
Cette tension constante fut à l’origine de bien des remises en questions et dans ces creux de vagues, un rêve d’enfant revient en force. Il se revoit à la petite école construisant une maquette de l’école de Millerand et d’une maison traditionnelle, l’ébauche d’un petit village miniature, le sien. Un projet qui le passionne et pour lequel, tout jeune, il a du talent. Il se rappelle le bon temps passé à imaginer et à construire sa maquette. Il revit en pensée le sentiment de satisfaction qui l’avait alors accompagné et sa fierté quand ses camarades et professeurs, surpris par le réalisme de son travail, le félicitent.



Croire en ses rêves

«J’me suis dit, si je fais la vie familiale, la maison, les bâtiments comme c’était autrefois, avec plusieurs bâtiments et en récupérant toutes les vieilles pièces que les agriculteurs laissent aller… »


Bien que s’ayant dit maintes fois que, plus tard, seulement plus tard, à la retraite, il se remettrait à la construction d’un autre village miniature, cette idée se fait plus présente. Claude est alors à la mi-trentaine. Il vend son bateau en 1994, et en 1995, il entreprend la construction de son petit village miniature. Le naufrage a laissé ses séquelles et c’est sa façon à lui de refaire sa santé comme il le dit. Ainsi, les heures passées à planifier et à réaliser ce projet sont salutaires pour Claude, un peu beaucoup à la façon d’une thérapie.
 
Le moratoire de 1992 sur la pêche à la morue se poursuit, d’ailleurs ce moratoire se prolonge toujours en 2012, et dans les premières années divers programmes pour les travailleurs de la pêche affectés par ce moratoire sont créés. Claude participe alors à un projet de nettoyage de l’Île du Havre-Aubert où l’on ramasse et où l’on jette de vieux équipements. En ramassant une vieille faucheuse depuis longtemps à la retraite, il réalise l’importance de certains objets dans notre histoire insulaire. Il prend également conscience que si l’on se débarrasse de tous ces objets témoins d’une époque, c’est un pan de notre histoire qui risque de tomber dans l’oubli.

Lui vient alors l’idée de préserver ces symboles d’une époque pas si lointaine où la plupart des maisonnées avaient leur petit lopin de terre cultivable avec leur étable, et où l’agriculture se pratiquait à hauteur d’homme. L’idée du début se précise et en plus du village miniature, Claude planifie et réalise la construction grandeur réelle d’une maison d’autrefois avec ses dépendances : le poulailler, la baraque à foin, la remise et la petite étable. Avec l’appui d’organismes du milieu, le rêve se concrétise, et le six juin 1998, le site d’autrefois ouvre ses portes. C’est le père Frédéric Landry, historien bien connu de l’Archipel, qui inaugure ce nouvel hommage à notre patrimoine insulaire.


Conteur et troubadour

« J’aime la rencontre des gens, et ça été facile pour moi d’animer à ma façon. Évidemment à la façon d’un pêcheur en expliquant le quotidien, pis mon naufrage…c’est du vécu »


Avec le temps, de nouveaux bâtiments font leur apparition sur ce site qui offre un point de vue d’une exceptionnelle beauté sur la Dune de l’Ouest, le Havre-aux-Basques et la Baie de Plaisance. À flanc de colline, l’espace est parcouru d’un sentier qui relie les différents attraits et qui laisse beaucoup de place à la contemplation. Mais, ce qui réjouit la plupart des visiteurs sur le site d’autrefois, c’est la présence de Claude, un conteur naturel qui nous guide dans son univers où il nous raconte son naufrage et la vie de pêcheur madelinot.

Ainsi, en visitant le site d’autrefois, il est tout indiqué, au son de la corne de brume , de faire halte dans le grand bâtiment au début du sentier. C’est là, assis dans une parfaite réplique d’un bateau qui aurait pu appartenir à son grand-père, que Claude nous raconte le métier de ces trois générations de pêcheurs. Il nous parle de la pêche aux homards aujourd’hui, de son expérience de pêcheur et de son naufrage. La guitare n’est jamais très loin et celui qui fut directeur de chorale pour la paroisse ponctue son récit de chansons de son propre répertoire.

Son langage imagé de Madelinot, son sens de l’humour et le plaisir communicatif qu’il a à transmettre son histoire, et au travers cette histoire, celle de l’archipel, nous fait entrer avec simplicité et justesse au cœur d’une expérience authentique. En expliquant l’évolution du métier et en donnant en exemple les modèles de bateaux utilisés par son arrière-grand-père, son grand-père et son père, c’est avec un sourire dans la voix qu’il prononce cette phrase sur les pêcheurs côtiers d’autrefois, « Ces pauvres petits pêcheurs prennent patience pour prendre plusieurs petits poissons pendant plusieurs petits printemps », en spécifiant que malgré les risques du métier les temps ont bien changé.

En exprimant un respect profond pour les générations précédentes, Claude n’oubliera pas de souligner, en parlant des avancées technologiques, que les premiers Madelinots avec peu de moyens et une ingéniosité à toute épreuve auront, tout de même, accompli un travail remarquable dans la connaissance de leur environnement. Il prendra le temps de vous présenter ce que l’on peut considérer comme l’ancêtre de tous ces instruments de découverte des fonds marins, une « cale de sonde », un poids attaché à une corde que l’on enduisait de graisse et qu’on laissait descendre sur les fonds entourant l’archipel pour, entre autres, départager les fonds de sable ou de pierre et découvrir les secteurs propices pour certaines espèces, dont le homard, qui préfère les fonds de pierre.



Le site d’autrefois aujourd’hui

« C’est bien de commencer par la base, pis on travaille fort et on s’aperçoit des résultats. Je suis fier d’avoir commencé petit à petit. »


On sent la fierté lorsque, étape après étape, Claude nous raconte la réalisation de son rêve. En bon philosophe, il nous fait comprendre qu’en s’engageant avec conviction dans la réalisation de ses projets le temps se charge de bien des choses.

Dernièrement, à la suite d’une formation en interprétation du Patrimoine, Claude Bourgeois a pu réaliser le chemin parcouru. C’est que ce perfectionnement, en plus d’être un coup de pouce apprécié dans la conception d’une bonne animation, a permis également de valider les points forts et les bons coups de cet animateur passionné « Je n’ai jamais été gêné, n’empêche que je me sens plus à l’aise. Et, plus que jamais, je parle aux gens qui visitent le site de la même façon que je parlerais à mon frère ».

En 2012, ce sera la quinzième année d’opération du Site d’autrefois. Quand on demande à Claude Bourgeois si dans son rêve d’enfant il avait imaginé ce village d’autrefois, il répond que par bien des concours de circonstances la réalité a surpassé le rêve du début.

Publié par Jocelyne Landry •   Ajouter un commentaire  0 commentaires





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